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[quote]Les Lignes de Tidiane Kassé[/quote]

Quand les lignes convergent autant dans la presse, c’est qu’il y a des urgences qui interpellent. Sans dissonance ni discordance, les mêmes impératifs ont été soulignés d’une rédaction à une autre, les mêmes diagnostics posés. Les constats se rejoignent et les sentiments sont partagés. D’aucuns les expriment avec humeur, d’autres avec dépit.

On a lu Khalifa Ababacar Ndiaye dans le soleil.Mamadou Koumé a partagé avec Stades. Sur la Rts1, Ibrahima Mboup y est allé à fond. On a suivi Papa Lamine Ndour, revisitant avec lui les décombres du passé dans ce journal. Il n’y a pas de fréquences, de colonnes ou de chaînes où la même désolation n’a été serinée : pourquoi tant de nullité dans la recherche de résultats en Afrique, pour le football sénégalais ?

La question peut encore longtemps renvoyer à une entêtante absence de solution. Pas une absence de réponse (on est assez fort pour cela), mais bien de solution.

Cette semaine désespérante se ferme ainsi sur les éliminations de Diambars et du Jaraaf dès les préliminaires de la Ligue des champions et de la Coupe Caf. D’ici peu, il ne restera sans doute rien de la déprime qu’on a senti flotter. On va vite retourner à l’ordinaire sur lequel continuent de sédimenter les carences. Et vogue la galère ; jusqu’à la prochaine étape qui montrera encore une fois combien l’abîme des limites du football sénégalais est profond.

Poser les présupposés de l’échec, comme on l’a fait cette semaine, ne servira à rien. Les discours aient été acides chez les uns et éthérés chez les autres, mais on n’a étalé que des chapitres déjà visités. Les questionnements soulevés et des sentiments partagés ces derniers jours auraient été utiles s’ils conduisaient à des réflexions plus structurées.

Continuer le débat dans des cercles adaptés est une urgence. Car tel qu’il est assis, le football sénégalais ne conduira jamais à l’émergence d’une élite locale réellement compétitive en Afrique.

En soulevant le débat, la presse est dans son rôle, conforme à sa raison d’être. Non pas par prétention à l’expertise, mais dans une posture de spécialistes. On interpelle, on agite les idées pour que l’histoire du football  sénégalais ne continue plus à s’écrire dans une démarche à reculons. Le reste appartient à ceux qui déterminent et à ceux qui décident.

Mais c’est aussi une question de santé mentale, car on cherche ne pas mourir idiot.

Qu’on soit humilié en Mauritanie, ramené à l’ordre au Burkina Faso, sermonné au Maghreb ou refoulé aux frontières du Ghana, du Mali ou d’ailleurs, l’explication ne peut continuer à être la même. A moins que la culture de la défaite n’ait fini d’installer une attitude de renonciation et que, n’ayant plus les moyens de la pensée positive et constructive, on s’accroche aux excuses de l’incapacité.

Dix ans d’échecs, ce n’est pas un accident de l’histoire. A ce stade on dérivé déjà hors de l’histoire.

Le professionnalisme qu’on s’emploie à bâtir relève d’un volontarisme qui ne suffit pas à mettre le football sénégalais dans les perspectives d’un bonheur futur. La pâte a beau être belle, c’est le moule qui détermine la forme. Or, sur les mêmes fondations pourries, on ne peut bâtir des châteaux ou des cathédrales.

Bâtir renvoie même à un idéal que rien ne justifie plus ici.

La fragilité est dans les hommes, elle est dans le club. Cette entité, devenue plus commerciale que sportive, s’inscrit dans une logique mercantile et s’installe dans une précarité toujours recommencée. On vend des jeunes à peine sortis de la puberté footballistique, plus par quête de rentabilité qu’avec le  souci d’asseoir des entités viables. Des enfants le plus souvent envoyés à l’errance, comme des poulets de batterie qui n’ont que volume, mais point de saveur.

Les dysfonctionnements dans la chaîne de performance sont énormes, nombreux. Mais à force de vivre avec, on ne se réveille du danger que quand survient le choc fatal. Et après quoi ?

Les «accidents» dont ont été victimes Diambars et le Jaraaf en rappellent d’autres.

Jusqu’ici, le transporteur indélicat rafistole toujours son matériel, remet le car rapide entre les mains d’un chauffard je-m’en-foutiste pour qui le monde se résume à barke seugne bi, accroche derrière son apprenti déluré et laisse le sort des usagers à des coxeurs sans foi ni loi. Au prochain virage, la même catastrophe guette. Le convoi du foot sénégalais sortira difficilement de cette route de la mort.

Champion du Sénégal, vainqueur de la Coupe du Sénégal, c’est juste un funeste destin.

Les confrères qui ne se sont pas ménagés seraient sans doute avisés de garder leurs copies de cette année. Les articles et émissions de cette semaine peuvent encore servir. En 2015, il suffira de faire du copier-coller.

 

Waasport

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