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LES LIGNES DE TIDIANE KASSE

Génération Foot, Metz, Red Bull Salzburg… Manchester City. L’itinéraire est d’une progression superbe.

Le parcours s’arrête pour l’heure à l’Autriche, mais si la continuité qui se dessine pour Sadio Mané finit par s’accomplir, elle concrétiserait l’une des plus belles évolutions notées chez un footballeur sénégalais depuis plus d’une décennie.

Partir du football local pour atteindre les hautes altitudes de la Premier League ne serait pas chose inédite. Les épopées de Diouf et de Diao à Liverpool, de Mame Biram Diouf à Manchester United, ont eu les mêmes allures de contes de fées. Sauf que, pour eux, minuit est arrivé trop tôt et le carrosse s’est vite transformé en citrouille.

On ne sait point encore ce que les pieds Sadio Mané vont écrire pour l’histoire, mais les lignes qu’ils dessinent en l’instant présent sont d’une telle fluidité qu’elles laissent sur les pelouses une poésie dont les rimes s’alignent dans une richesse harmonieuse.

Août est encore loin. Entre les bruits de transferts et l’encre qui viendra sécher au bas d’un contrat, il y a tout ce qui nourrit les actes manqués. Désintérêt, renonciation, mésentente, refus de transiger, etc. Sadio Mané n’est donc pas encore anglais. Le serait-il un jour, il ne deviendrait sans doute pas un bouffon dans la cour de Sa Gracieuse Majesté.

Pour l’heure, l’ouverture qui se dessine vers Manchester City et la Premier League a valeur symbolique. Elle réconforte sur le potentiel du football sénégalais et fait penser que les racines sont encore fécondes. Car ce que Sadio Mané véhicule comme expression de son talent, qui a séduit Guardiola et suscite des tentations chez les « Citizens », relève de sa carte génétique.

Les environnements qui l’ont accueilli dans son cheminement ultérieur ont été des cadres de transformation et d’amélioration, mais pas les lieux où on lui a appris à « lier le bois au bois », à créer la dialectique pied-ballon.

L’extinction de la « Génération 2002 » avait installé un vide, comme si le processus endogène de création de talents dans le football sénégalais s’était bloqué. La source ayant donc tari, c’est d’aval en amont que le fleuve se ressourçait. Une sorte d’avancée de la mer.

Les courants des binationaux ont ainsi afflué de partout pour devenir la sève nourricière. Ils ont entretenu un standing, mais ils ne représentaient pas le standard sur lequel juger le football sénégalais dans sa capacité à dessiner le futur.

On doit à Diambars, depuis quelques années, le retour à l’excellence dans un cadre normatif, à travers un processus maîtrisé. Ce que donne la cohérence de son projet se mesure aisément. Mais dans sa production de talents en série, il lui reste un palier à franchir.

La plus belle « réalisation » actuelle de l’institut de formation de Saly est Idrissa Gana Guèye, joueur de bon niveau dans un club de haut niveau, mais pour un championnat de moyen niveau européen.

L’accession au marché sélect du top européen que sont la Liga, la Bundesliga, le Calcio ou la Premier League constitue l’étape ultime actuelle dans la valorisation du travail de base.

Dans la trajectoire d’un footballeur vers les sommets, ce sont souvent les belles opportunités qui guident le destin. Dans le cas de Sadio Mané, ces rendez-vous avec l’histoire ont bien été mis à profit.

Ainsi les Jo de Londres-2012 lui ont servi de révélateur. Sa première participation en coupe d’Europe, cette saison, a été un fixateur. Avec l’équipe nationale, les grands rendez-vous l’ont confirmé comme le meilleur développeur de jeu actuel dans la « Tanière ».

Cette capacité que Sadio Mané a de se sublimer là où les projecteurs sont les plus intenses, est une identité qui intéresse les grands clubs chez qui presque toute sortie relève de l’événement. Dans des ligues où le plus banal des derbys se disputent le couteau entre les dents, on a besoin de ces footballeurs que le défi installe dans l’excellence.

C’est le cas de l’Angleterre où ne réussissent que les véritables compétiteurs. Le défi anglais n’est pas une banalité. Les combats épiques du « kick and rush »  semblent appartenir au passé, mais l’intensité demeure.

La Premier League continue de reposer sur la dimension physique et l’amélioration de la qualité du jeu n’occulte guère les réalités d’un football qui fait beaucoup courir et où le dribble ainsi que la conservation du ballon exposent à la rigueur de l’engagement adverse.

On peut donc craindre pour Sadio Mané et sa propension à faire corps avec le ballon à l’excès. L’Angleterre n’est cependant pas une terre de barbares où l’art serait une forme de perversion.

Les fantômes de certains coupeurs de route d’hier comme Roy Keane, Stuart Pearce ou Joey Barton planent encore, mais dans un pays où Eden Hazard s’est fait un paradis, Sadio Mané pourrait prospérer.

Mais ce n’est que bruit de transfert. En la matière, il y a loin de la coupe aux lèvres.

 

Waasport

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