Pour sa première CAN avec le Mali, Tom Sainfiet, sélectionneur des éperviers est revenu sur la 35ème édition de la CAN remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0). Le technicien belge voit en l’équipe Sénégal celle qui est capable de gagner la première Coupe du monde pour l’Afrique. Sainfiet est par ailleurs revenu sur le mot «guerre» qu’il a utilisé en conférence de presse d’avant match Sénégal – Mali et qui avait suscité la polémique. Entretien.
Coach, avec le recul, quel regard portez-vous sur la 35ème édition de la CAN organisée récemment au Maroc et remportée par le Sénégal face au pays hôte ?
Pour moi, ça a été une très bonne CAN. Le Maroc est un pays de football avec de bons stades, de bons hôtels, de bons aéroports, des gares pour les trains, beaucoup d’infrastructures fantastiques, des pelouses pour s’entrainer… Vraiment, ça a été une très bonne CAN, bien organisée. Pour la qualité du jeu des équipes, je pense que c’est la meilleure CAN. Parmi les 8 pays arrivés en quarts de finale, à part la Côte d’Ivoire, le Mali, le Cameroun, et le Nigeria, les autres n’étaient pas là en 2023. Pour moi, ça a été une très bonne CAN. Naturellement, il y a toujours de petits détails mais, pour moi, l’organisation était au top.
Comme en Côte d’Ivoire pour la CAN 2023, le Mali s’est arrêté en quart de cette édition 2025 au Maroc. Etes-vous déçu ou, au contraire, satisfait de votre parcours ?
Je peux dire que sur les dernières 6 CAN, le Mali a joué 2 quarts de finale. Pour les autres tournois, on rentrait à la maison, juste après la phase de poules. Donc, pour celle-ci, ce n’est pas mauvais. Nous avons joué contre trois équipes qualifiées au prochain Mondial : le Sénégal, la Tunisie et le Maroc. Des équipes très fortes et compétitives. On a fait match nul (1-1) contre le Maroc, un match qu’on pouvait gagner. Contre la Tunisie, nous nous sommes qualifiés aux tirs au but (1-1, tab 3-2). Nous avons joué plus de 100 minutes à 10 contre 11 ; contre le Sénégal aussi, on a joué 50 minutes à 10 contre 11. C’est vraiment dommage que nous n’ayons pas gagné notre match contre la Zambie. On a eu beaucoup d’occasions, on rate un pénalty, on mène 1-0 jusqu’à la 92e mn, les Zambiens égalisent et c’était vraiment frustrant. Contre les Comores, c’était la fatigue causée par notre match contre le Maroc et il y a eu seulement à deux jours entre les deux matchs, il y a eu le voyage, on a eu beaucoup de cartons… Et cela avait fait qu’on ne pouvait pas jouer notre jeu normal. Mais, je pense que jouer les quarts de finale, ce n’est pas mauvais.
Comment avez-vous trouvé l’équipe du Sénégal qui vous a éliminés en quart de finale sur le score de 1-0 ?
En football, le Sénégal est l’une des meilleures équipes au monde. Il a joué 3 finales sur les 4 dernières CAN et c’est un pays qui se qualifie tout le temps pour la Coupe du monde. Ils ont un très bon entraineur, de très bons joueurs, qui évoluent dans le haut niveau. Il faut reconnaître qu’en quart de finale, le Sénégal était très fort. Dans les 10 premières minutes, on a eu beaucoup d’occasions. Des analystes ont dit qu’il y avait penalty pour nous sur la faute contre Sinayoko (Lassine). Ça pouvait changer le match. Ensuite, on a reçu un carton rouge et finalement, tout a changé pour nous. Pour moi, avec un peu de chance, la rencontre pouvait se terminer par un nul. Mais, comme je l’ai dit, le Sénégal est une bonne équipe avec de très bons joueurs, du gardien aux attaquants. Je pense que si tu perds contre le Sénégal par 1 but à 0, ce n’est pas le résultat qu’on veut mais, c’est toujours respectable, surtout quand on joue 50 minutes à 10 contre 11. Le Sénégal peut être le premier pays africain à gagner la Coupe du monde.
Certains observateurs sénégalais n’ont pas aimé le mot «guerre» que vous avez utilisé, la veille de cette rencontre, en conférence de presse…
Pour ce mot «guerre», je pense que chacun peut aller sur Google et je vous remercie de m’avoir posé cette question. C’est un terme dans le sport, dans le football pour un match de qualification, phase finale ou quelque chose comme ça. Peut-être les Sénégalais ne connaissent pas ça. L’expression «ce match est une guerre» est une métaphore couramment utilisée dans le sport pour décrire une rencontre d’une intensité extrême, souvent marquée par une rivalité historique, une tension palpable ou des enjeux cruciaux. Mourinho, Ferguson, Ancelotti, Benitez… utilisent très souvent cette expression. C’est un terme football et qui est très normal. C’est pourquoi j’invite les Sénégalais à aller vers Google et ils verront. C’était un choc et rien d’autre. L’expression est utilisée par beaucoup d’entraineurs. Rinus Michels, l’ancien entraineur du Barça et des Pays-Bas, disait que le football c’est une guerre. Alors, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de respect, il y a beaucoup de respect.
Est-ce que cette équipe du Sénégal que vous avez croisée à la CAN a, selon vous, des chances d’aller loin, au prochain Mondial ?
Le Sénégal, comme je l’ai dit, c’est une équipe fantastique. Mais, pour moi, c’est une construction de plus de 10 ans. Le Sénégal a une bonne Fédération, de très bonnes académies, une bonne formation des jeunes et des techniciens, de bons entraineurs locaux et beaucoup de joueurs, qui jouent en Europe maintenant. Quand tu es deux fois champion d’Afrique, dans les quatre dernières éditons, tu es tout le temps qualifié à la Coupe du monde,… Pour moi, le Sénégal, c’est l’équipe complète avec des joueurs qui sont forts physiquement, intelligents, tactiquement bons. Et chaque joueur est d’un très bon niveau. Pour moi, le Sénégal, c’est l’un des pays africains qui peuvent être champions du monde et j’espère que cela se fera en 2026, cette année. En tout cas, j’ai confiance en cette bonne équipe, bien structurée avec une bonne organisation, un bon entraineur, tout est là. J’ai beaucoup de respect pour le Sénégal et pour le football sénégalais parce que ce football s’est construit avec des idées et une vision.
Beaucoup de tension avant la finale, des supporters sénégalais arrêtés puis emprisonnés après… comment voyez-vous cela ?
On n’a jamais vu ça ! Je comprends la frustration. Naturellement, il y a eu les problèmes à Rabat, l’arrivée à la gare, il y a eu beaucoup de tension, la décision des arbitres, le but non validé, penalty ou pas…, c’était l’émotion ; le football, c’est l’émotion. C’est un peu dommage que tout le monde parle de cette situation de destruction. Mais, pour moi, la finale n’a pas été perturbée parce qu’il y avait match. Tout comme le Sénégal, le Maroc est un grand pays de football, qui a créé beaucoup d’infrastructures, ces dernières années, dans le domaine de la formation. N’oublions pas que le Sénégal est champion du CHAN et dans les différentes catégories du football africain, tout comme la Maroc aussi. Je pense que ce sont les deux meilleurs, s’agissant du football africain.
Vous avez un avis sur ce qui s’est passé, notamment les sanctions infligées pas la CAF puis les peines de prison pour les 18 supporters sénégalais ?
Pour moi, ce qui s’est passé, c’était vraiment de l’émotion. Je n’ai pas de commentaire particulier à faire. Je suis analyste à la chaîne de télé des Pays-Bas. Moi, je construis dans le football. Il y a eu des décisions durant notre match contre le Maroc et il y a toujours eu des choses qui ont frustré les supporters, les entraineurs, les joueurs… C’est le football et il est toujours important de contrôler les émotions et pour l’entraineur, il doit toujours contrôler ses émotions. L’entraineur doit être chef de ses émotions. Le football, c’est important et, comme j’ai dit, c’est une guerre et beaucoup d’entraineurs ont dit ça avant. Mais, comme je suis entraineur, je ne veux pas entrer dans certains détails.
On avait annoncé votre départ du Mali, qu’en est-il ?
Avec le Mali, je suis sous contrat jusqu’au mois d’août 2026. J’ai fait 17 matchs avec les Aigles du Mali pour 2 défaites : 1 contre le Ghana, lors des qualifications de la Coupe du monde et l’autre contre le Sénégal lors de la CAN marocaine. Ce n’est pas mauvais comme statistiques. J’ai gagné 4 matchs, lors des qualifications de la CAN 2025 et 2 matchs nuls. Pour la Coupe du monde, j’ai fait 6 matchs, j’ai gagné les 4, j’ai eu 1 nul et 1 défaite. On n’est pas qualifié à la Coupe du monde mais, à la CAN, on a joué les quarts. Notre ambition, c’était d’aller en finale. Mais, il faut reconnaître que de grandes nations africaines n’ont pas pu accéder dans le carré d’as. Maintenant, se faire éliminer par le futur champion d’Afrique, l’une des meilleures équipes du monde, ce n’est pas une honte. En tout cas, je me sens bien avec mon équipe, mon staff et, pour le moment, je suis avec le Mali.


























