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A 22 ans, Abdoulaye Bâ a déjà tout d’un grand. Comme l’attaquant argentin avec Barcelone, il guide Niary-Tally sur le sommet de la Ligue 1.

La ressemblance mérite d’être évoquée. Entre Abdoulaye Bâ (1m75 pour 67,5 kg) et Lionel Messi (1m69 pour 67 kg), la différence physique diffère de près à 6 cm et 0,5 kg pour le Sénégalais. Et quand la manière de jouer s’y ajoute, les premiers admirateurs du joueur de Niary-Tally ont vite fait la transition de lui donner le nom de l’Argentin. Le N°10 sur leurs maillots qu’ils ont en commun n’a fait que pousser la similarité à l’extrême. A l’origine, il y a deux buts de messie que le natif de Grand-Dakar avait inscrit à ses débuts. «On m’appelle ainsi depuis les «navétanes» quand j’étais à Disso. J’avais marqué deux superbes buts face à Mermoz et Rakadiou et ils étaient semblables à ceux de Messi. La première fois, j’ai contrôlé la balle deux fois de la tête avant de marquer. Et la deuxième, j’ai éliminé deux adversaires avec deux lobs avant de trouver la faille. Depuis, ce surnom me colle», explique Laye, 5 ans plus jeune que le joueur du FC Barcelonais (27 ans).

Au début de la comparaison, le jeune international U23 assure qu’il «n’y pensait pas trop». «Je ne me suis pas autoproclamé Messi. On me dit que je cours comme lui et que j’ai la même conduite de balle. Je ne me rends même pas compte que nous avons des similitudes.» Mais à force d’entendre les gens l’appeler ainsi, il «finit par accepter ce fait». «Maintenant, dit Abdoulaye, je regarde les vidéos et les matches de Messi. J’essaie de regarder ses déplacements sur le terrain, sa conduite de balle, ses dribles, son comportement sur le terrain, etc. Mais surtout, je regarde toujours la première chose qu’il fait dès sa prise de balle. C’est déterminant pour son utilisation et l’action qui en suit.» Et comme le quadruple Ballon d’Or (2009, 2010, 2011, 2012), le meneur de NGB a d’abord un talent inné. «Mais en plus de cela, je travaille tout à l’entraînement, explique-t-il. Pendant les pauses de rafraîchissement, j’en profite pour me perfectionner. Même si la perfection n’existe pas, j’essaie toujours de m’améliorer. Et à force de répéter les mêmes gammes tous les jours à l’entraînement, cela devient facile à un moment. Du coup, quand je fais une action dans un match, cela me permet de connaître d’avance la réaction d’un adversaire et d’anticiper sur ce qu’il essaiera de faire pour me contrer.»

Un «Messi» fan… du Real Madrid

Et pourtant, un paradoxe semble opposer les deux joueurs. L’attaquant barcelonais n’est pas le modèle qui inspire Abdoulaye, mais plutôt un joueur du Bayern Munich. «Personnellement, mes footballeurs préférés ne sont pas des joueurs offensifs, mais plutôt des numéros 6, des milieux relayeurs, assure-t-il. Mon idole dans ce domaine est Bastian Schweinsteiger. Je m’intéresse beaucoup à comment faire pour bien sortir la balle et faire jouer l’équipe. J’aime d’abord le football. Je ressens du plaisir à jouer et à faire jouer mes partenaires. Je trouve du plaisir à faire jouer mes partenaires et de faire marquer. Si ça passe, tant mieux, sinon j’essaie de conclure moi-même.» Et quand vous demandez au jeune meneur de Niary-Tally son équipe de cœur, vous risquez d’être très surpris. «Je suis supporter du Real Madrid», confie-t-il. Comment est-ce possible, lui demande-t-on. Il répond : «J’étais très jeune quand j’avais commencé à supporter les Merengue et il n’y avait pas encore Messi et Ronaldo.» Et entre les deux, il a du mal à choisir son camp. «Je suis partagé. Ce sont deux très grands joueurs que j’admire pour ce qu’ils font. Aujourd’hui, si on a envie de marquer des buts, c’est en grande partie grâce à eux. Pendant le Classico, je suis du côté du Réal, même si on m’appelle Messi.»

L’éclosion à Disso, meilleur joueur de «navétanes» pendant 2 ans

Et si Lionel est sorti de la prestigieuse Masia, Abdoulaye Bâ a fait ses armes en jouant dans les rues sablonneuses de Grand-Dakar. «J’ai fait un passage dans un centre qu’on appelait École de football Salif Diao qui est devenu Galaxy. Mais à ce moment, le football n’était pas une priorité pour moi. Je jouais seulement pour le plaisir dans mon quartier. Mon père voulait que j’étudie et m’encourageait à me consacrer à l’école.» Mais le ballon a fini par avoir raison sur les cahiers. En 2012, il décide d’arrêter les études pour se consacrer exclusivement au football. Comme la plupart des footballeurs sénégalais, il passe par les «navétanes». Il débute à l’Asc Zone A (2008) avant de jouer à Disso pendant 2 ans (2010-2011). «La première année, raconte-t-il, j’ai été élu meilleur joueur. La deuxième, j’étais meilleur joueur et meilleur buteur. En même temps, j’étais dans l’équipe junior de Niary-Tally. J’y ai passé 2 ans.»

Depuis la saison 2012, il a intégré l’effectif pro et dispute sa troisième saison en Ligue 1. Et il n’a pas attendu longtemps pour s’imposer dans l’élite. Après 15 journées cette saison, il compte déjà 5 buts et 4 passes décisives. Une réussite qu’il ne doit qu’à son étal d’esprit. «J’essaie de positiver la pression parce que j’ai l’habitude depuis que je jouais aux «navétanes» à Disso, dit-il. J’étais encore très jeune, mais j’arrivais à dérouler mon jeu malgré tout ce qu’il y avait autour de moi. Quand j’entre sur le terrain, j’essaie de répéter tout ce que j’ai travaillé à l’entraînement.» Son volume de jeu et sa facilité ont déjà convaincu un cadre dans l’effectif de Niary-Tally. «C’est un jeune pétri de talent. Il a tout ce qu’il faut pour devenir un très grand joueur. Il est aussi très respectueux. Il peut aller très loin s’il a un bon encadrement», assure Abdoulaye Seck, l’emblématique défenseur de NGB.

LAMINE DIENG, SON COACH 

«Si ce n’était pas son étiquette de joueur local, il serait déjà en Equipe nationale»

 «Le constat s’impose de lui-même. C’est une valeur ajoutée dans une équipe», assure Lamine Dieng qui le considère tout simplement comme «un accélérateur de particules». «Il peut toujours créer des situations inattendues, ajoute son entraîneur. C’est un joueur capable de faire des choses que les autres ne peuvent pas ou auxquelles ils ne pensent pas. Il peut dribler, faire des passes, frapper au but, marquer des buts. Son mental lui permet de jouer sans pression et à faire fi de l’attente des défenseurs. C’est aussi un joueur attentif aux conseils. Il a une bonne capacité d’écoute.»

Et nul ne doute que ses bonnes performances ont beaucoup contribué à la bonne saison qu’est en train de réaliser son équipe, solide leader de Ligue 1 (28 pts). Par ailleurs, il ne cache pas ses ambitions et déclare : «Mon premier objectif est d’aider Niary-Tally de continuer à être en tête du championnat et le remporter, et aussi de jouer à fond les Coupes nationales (Coupe du Sénégal et Coupe de la Ligue). Mon second objectif est de décrocher un contrat professionnel à l’étranger à la fin de la saison.» A l’étranger, son entraîneur semble déjà avoir trouvé sa destination idéale. «Il pourrait jouer partout en Europe, parce que son talent le lui permet, surtout en Espagne pour sa technique», assure Lamine Dieng. Son joueur ne dit pas le contraire. «C’est vrai que le championnat espagnol est celui qui correspond le mieux à mon jeu. C’est le championnat adéquat pour moi parce que c’est très technique», renchérit Abdoulaye Bâ.

Un club européen avant de porter le maillot des «Lions» ? Pas besoin, le coach de NGB, pensant que sa «pulga» qui compte 6 sélections dans les équipes nationales, catégories jeunes, a déjà ce qu’il faut pour jouer avec les A. «Si ce n’était pas son étiquette de joueur local, il serait déjà en Equipe nationale», dit Lamine Dieng qui ajoute : «Demain, s’il s’expatriait et signait dans un club européen, il serait tout de suite appelé en sélection.» Là encore, le joueur semble en phase avec l’entraîneur. «Le coach est très expérimenté et s’il le dit, c’est parce que c’est vrai. Les gens ne prêtent pas beaucoup d’attention aux joueurs locaux», estime-t-il. Toutefois, Abdoulaye est conscient de la réalité actuelle et se veut réaliste. Il estime qu’«un joueur local ne peut pas rivaliser avec un expatrié professionnel». Car, ajoute-t-il, «ce n’est pas une question de talent, mais c’est parce que les professionnels n’ont pas les soucis que peuvent avoir les locaux (primes, salaires), même si nous ne connaissons pas ces problèmes à Niary-Tally.»

En attendant le match de la 16e journée contre l’As Douanes, dimanche, le joueur de 22 ans trace la voie de Niary-Tally sur les pelouses de Ligue 1 où il régale chaque week-end. Et au-delà de la furie «Door Dorat», il prouve toute sa classe sous le maillot national. Avec les U23, il a été passeur décisif sur le but égalisateur de Moussa Konaté face au Mali (1-1), dimanche dernier au stade Caroline Faye de Mbour. Et permis au Sénégal de gagner son visa pour les prochains Jeux africains de Brazzaville 2015 (du 18 au 31 juillet). Sur les rives du Congo, l’Afrique découvrira peut-être qu’un «Messi» peut aussi être noir.

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