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Interpellé par voie de presse par son homologue, Saliou Samb, président du Stade de Mbour, Mbaye Diouf Dia, président du Touré Kunda, estime qu’il est temps d’accélérer le processus enclenché pour former un club fort à Mbour, en réunifiant les différentes équipes, mais aussi les moyens humains et financiers d’une ville qui compte 22 clubs. Faute de quoi, il faudra rendre le tablier, estime-t-il.

 

Dans un entretien accordé récemment à nos confrères de L’As, le président du Stade de Mbour évoquait la nécessité de rassembler les clubs de Mbour pour avoir un club de ville fort et annonçait même sa disposition à vous laisser diriger. Où en êtes-vous, à votre niveau ?

Je ne peux que m’en réjouir parce que c’est un combat que nous avons porté depuis longtemps, alors que Touré Kunda était encore en Ligue 2. Pour avoir aidé l’As Douanes à se hisser au sommet du football sénégalais pendant 5 ans, tant en championnat qu’en Coupe du Sénégal, je sais que ce sont les moyens qui font faire de très bonnes performances à un club. À l’époque, à l’As Douanes, les moyens ne manquaient pas et ça nous avait permis de faire un travail salué par tous. J’ai aussi visité les installations de certains clubs un peu partout en Afrique et j’ai été séduit par les projets qui les accompagnent et qui tournent essentiellement vers une unification des forces, des ressources humaines et financières, une synergie pour avoir un club de ville fort. Il faut un club de ville très fort, qui arrive à fédérer toute la population autour d’un maillot qui constitue une identité. Si nous y arrivons à Mbour, il n’y a pas de raison que cela ne produise pas d’excellents résultats dans les compétitions continentales et ce sera dans l’intérêt de tout le football national. Les dirigeants, moi en premier, ont atteint leurs limites objectives. Il ne sert à rien de limiter ses ambitions à un niveau strictement national, d’être vice-champion, se maintenir, accéder en finale de Coupe nationale ou la remporter, puis redescendre pour reprendre le même cycle, comme l’a fait le Stade de Mbour ou comme le fera Touré Kunda. Et, ce sera le cas tant que nous nous battrons en ordre dispersé. Si l’on veut voir plus loin, nous sommes obligés d’aller vers l’unification. La saison dernière, en Coupe de la Caf, nous avons éliminé un club de la Sierra Leone, puis nous sommes tombés sur le détenteur du trophée, le Fus du Maroc, qu’on a battu 2-1 ici à Dakar, en ratant un penalty, alors que nous avions perdu 2-0 à l’aller. Imaginez un instant si, à cette époque, nous pouvions compter en plus sur le potentiel du Stade de Mbour, de Keur Madior, de Diameguène, de Pétaaw, de Saly… L’ambition que j’ai pour Mbour dépasse le niveau national. Il nous faut un club fort, qui comptera dans le football africain.

 

Pourquoi ce projet, depuis longtemps agité, n’arrive toujours pas à se réaliser ?

Cela devrait être d’autant plus facile à Mbour, puisqu’il y a une forte notion d’identité qui anime tous les Mbourois. Il est évident que si l’on arrivait à concrétiser ce projet, nous aurions le plus grand club du pays car en dehors de Dakar, Mbour est la plus grande ville du Sénégal tant sur le plan démographique qu’au niveau des infrastructures. Dans le projet que nous espérons mettre sur pied, il n’y aura pas que l’équipe première, mais nous projetons de faire en sorte qu’il y ait, comme ce qui se fait dans les grands clubs du monde, une équipe amateur, des équipes dans toutes les catégories de jeunes et une équipe féminine, qui auront droit à des installations de qualité et des encadreurs de haut niveau. En termes de ressources humaines, la ville est dotée de dirigeants sportifs de très haut rang qui ont fait la fierté et l’histoire du mouvement associatif sénégalais. Le Conseil municipal est composé à 90% d’anciens joueurs ou dirigeants des clubs mbourois, le maire lui-même a été Secrétaire général du Stade de Mbour pendant 15 ans. Cela veut dire qu’il y a suffisamment de matière pour composer un staff administratif et technique très fort. Nous avons vu les performances réussies au niveau national par les entraîneurs Abdoulaye Sarr, Lamine Kane, Lamine Sano, entre autres. Concernant les joueurs, il y a beaucoup de talents dans les clubs mbourois qui fournissent régulièrement aux équipes nationales, mais aussi aux autres clubs du pays, des joueurs comme Abdoulaye Seck qui vient d’être sélectionné en équipe nationale A (ancien de Touré Kunda et du Stade de Mbour), Kara Mbodj ou encore Pape Modou Sougou, tous convoqués en équipe nationale sont issus du football mbourois qui constitue un grenier. J’ai l’intime conviction qu’il n’y a pas au Sénégal une entité qui pourrait être mieux placée qu’un club de ville fort à Mbour pour faire ce qu’a réussi le TP-Mazembe (Rd Congo) ou le Stade Malien par exemple.

 

«Youssou Ndour nous a promis 85 millions FCfa par an…»

 

Mais concrètement, qu’est-ce qui bloque, si les présidents des deux grandes entités se disent à ce point motivés ?

C’est qu’il y a encore quelques egos forts dans chaque entité qui bloquent le processus. Il y a des gens qui ont des appréhensions que je trouve secondaires. Aller sous une seule bannière qui regroupe tout Mbour serait beaucoup plus fort que ces considérations sectaires. Aujourd’hui, les plus grands clubs au monde sont dirigés par des étrangers. Il y a des Américains à Manchester United, des Qataris à City, au Psg, des Russes à Monaco, à Chelsea, etc. Il faut que les gens arrivent à taire les querelles d’identité car pour nous, la seule identité qui vaille, c’est celle qui nous rassemble tous. L’encadrement de Touré Kunda compte 5 anciens capitaines du Stade de Mbour. Dans chaque club, on retrouve des joueurs qui ont fait les beaux jours de l’autre club. Il est vrai que le Stade de Mbour existe depuis 1960, a une histoire, tout comme Touré a aussi la sienne, avec un parcours atypique, qui s’est battu depuis les ‘’navétanes’’, un peu comme Niarry Tally, pour gravir tous les échelons, mais une fusion qui regrouperait aussi les autres clubs de Mbour permettrait de rassembler toutes ces histoires pour en faire une plus grande.

 

Les enjeux financiers seraient énormes… Cela pourrait expliquer les querelles, non ?

J’en ai discuté avec mon ami Youssou Ndour, ministre du Tourisme. Il m’a promis que si l’on réussissait ce challenge, chacun des 85 hôtels que compte le département, sous le contrôle de la Sapco (Société d’aménagement et de promotion de la Petite Côte) pourrait participer à hauteur d’un million FCfa par an, à travers une exonération d’impôts. Ça fait 85 millions FCfa, sans compter l’appui municipal qui ne serait pas dispersé, cela nous conduirait à un budget de 150 millions sans que les moyens des clubs ne viennent en appui et sans que les sponsors qui seront plus facilement démarchés n’apportent leur contribution. Et forcément, l’adhésion populaire n’en sera que plus grande encore et ce sera aussi une voie pour des moyens additionnels car Mbour est une ville de sport et sur le plan démographique, elle vient certainement après Dakar. Imaginez, nous sommes tellement divisés que les grandes sociétés qui sont à Mbour vont sponsoriser d’autres clubs comme le Casa-Sports ou l’Us Ouakam ! Si nous sommes solidaires, avec une équipe forte, une adhésion populaire considérable, ce sont les grandes sociétés qui sont dans le département comme les Ciments du Sahel, Kirène, Ikagel, mais aussi d’autres qui sont dans d’autres départements qui vont nous courir après, sans compter les milliards qui seraient tirés de la vente des joueurs. Sinon, on risque de s’essouffler au bout de deux ans, ce qui est arrivé aux autres régions nous arrivera. Il y a 11 régions sur 14 qui n’ont pas de club dans l’élite.

 

Vous vous renvoyez la balle, avec Saliou Samb, président du Stade de Mbour. Qu’est-ce qui vous empêche de prendre vos responsabilités et de proposer une équipe dirigeante forte ?

Je ne suis pas intéressé par les postes. Je suis déjà trop pris par des engagements sur le plan professionnel (il est officier de la Douane), mais aussi sur la Petite Catégorie au niveau national, avec la Can Junior de 2015 que nous allons organiser… Ensuite, il y a tellement de gens qui peuvent s’en occuper ! Personnellement, mon ambition se limite à voir cette réunification s’opérer. Si cela se fait, je ne serai préoccupé que par la petite catégorie. L’actuel entraîneur du Jaraaf, Abdoulaye Sarr, qui est l’un des plus grands techniciens de ce pays, tient tellement à cette réunification et me répète souvent que si nous réussissons ce challenge, lui et moi allons miser sur la petite catégorie, travailler à la base, en profondeur. Saliou Samb peut être le Président, Ibrahima Konaté qui fait un excellent travail avec le Touré Kunda ferait un très bon Directeur général. Il en a l’expérience et les compétences. Karim Sarr, ancien Président du Stade de Mbour, peut être à la tête du Conseil d’administration aux côtés d’hommes de valeur comme les Samba Fall (Keur Madior), Pape Amady Ndao, les adjoints au maire comme Ibrahima Camara ou Pape Sow. Sans oublier les Tiampou Correa pour le football féminin, la possibilité d’expérimenter le concept du foot-études avec Keur Madior par exemple. D’autres ressources humaines de qualité pourraient aussi se signaler, les anciens joueurs de la ville comme Diène Faye, Makhtar Mangane, Modou Sougou, Moda Diop, Dame Diop, Moussa Konaté sont tous prêts à accompagner le projet et à apporter leur expérience acquise à l’étranger, dans les différents compartiments du club. Nous avons tout ce qu’il faut pour faire quelque chose de grandiose. Pour l’intérêt général de notre ville, il faut que chacun y mette du sien. L’organigramme serait tellement grand que chacun peut y trouver sa place avec un peu de volonté. On aura déjà l’avantage de compter sur des infrastructures haut de gamme avec les structures hôtelières les plus adaptées du pays et un stade de dimension régionale bientôt achevé et qui peut être valorisé. Ce serait le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Demba Diop (ancien député-maire, pionnier de l’administration sportive à Mbour). C’est une mission historique qui nous attend. Toute la population du département de Mbour n’attend que ça. Si nous ne réussissons pas, il faut se rendre à l’évidence et assumer l’échec.

 

Quel délai vous fixez-vous pour réussir la réunification et quelle sera la conséquence en cas d’échec ?

À mon niveau, je suis convaincu que nous pouvons relever le défi dans un délai raisonnable de deux ans, tout au plus. J’espère que le Stade de Mbour réussira à accéder à l’élite, c’est en bonne voie, et que cela permettra d’accélérer le processus. Au pire des cas, l’année prochaine, les bases devront être posées. C’est possible. Si au bout de deux ans, on ne réussit pas à se réunir, il faudra constater et assumer notre échec en tant que dirigeants mbourois et partir, passer le flambeau. Moi, je ne m’engage pas infiniment dans une chose qui ne peut pas avancer.

 

Concrètement, au-delà des discours d’intention, où en est le projet ?

Au début, nous avions tenu cinq ou six réunions avec Karim Sarr (ancien Président du Stade), Abdoulaye Sarr comme facilitateur, mais on butait sur le fait que Touré Kunda était en Ligue 2 et le Stade de Mbour en Ligue 1. Pour que les choses puissent aller vite, il faudrait que les deux grands clubs qui servent de locomotive soient tous dans l’élite afin de discuter d’égal à égal. Ce ne sera pas une bonne idée de vouloir faire fondre un club dans un autre, il faut que tous les clubs mus par cette volonté se fondent tous en un grand club qui pourrait être Olympique de Mbour, As Mbour, Mbour Fc ou n’importe quel autre nom fédérateur. Il y a 22 clubs dans le district de Mbour. C’est énorme ! Ça fait plus que les ligues de Fatick, Tamba, Kaolack, Kédougou, Sédhiou, Kaffrine, réunies ! C’est aberrant et cela ne peut pas continuer. Aujourd’hui, il n’y a que la mairie qui peut prendre le projet de la réunification. Les infrastructures sont municipales et avec la subvention, elle peut décider d’imposer la réunification comme préalable pour libérer la subvention. Cela éviterait aux clubs de se retrouver avec des miettes, juste parce que les clubs sont trop nombreux. La volonté est réelle. Avec l’ancien maire, Mbaye Diagne, on avait même signé un document. J’en ai discuté récemment avec l’actuel maire, Fallou Sylla qui est dans une bonne phase pour poser le problème. Nous avons retenu le mois de juin pour un panel avec des personnes ressources comme celles citées plus haut, mais aussi les Garang Coulibaly, Pape Diouf, Yatma Diop, Abdoulaye Diaw…

 

iGFM

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