Entre accusations de gestion opaque, insultes et menaces de plainte, les membres du Comité exécutif de la fédération sénégalaise de football se sont livrés, hier en réunion (10h00-18h15), à un véritable déballage. Récit d’une séance électrique où l’unité a volé en éclats.
Baccary Cissé : « La fédération marche sur la tête, il faut la redresser »
La réunion du comité exécutif a débuté hier à 10h par la lecture des points inscrits à l’ordre du jour par le secrétaire général de la FSF. Dès l’ouverture de l’ordre du jour, le ton a été donné par Baccary Cissé. Le président de la Ligue de Ziguinchor n’a pas caché sa « déception » après l’exposé fait par l’ancien ministre Abdoulaye Sow. Estimant qu’une évaluation sans complaisance de la Can ne devait figurer à l’ordre du jour. Sur cette lancée, il a dénoncé « le nombre pléthorique d’invités à la CAN », affirmant qu’il était quasiment impossible de les identifier ou de connaître leur provenance.
Dans son intervention, le président de la commission communication-média et porte-parole de la FSF a dénoncé une gestion autocratique en faisant savoir que « la fédération marche sur la tête et il est temps de la redresser ». Selon lui, l’instance est dirigée par un triumvirat dont Abdoulaye Fall et Abdoulaye Sow, laissant les autres dans l’ignorance totale. « Le président de la FSF ignore totalement l’avis des présidents de commissions pour travailler directement avec le secrétaire général. Ce qui n’est pas normal ». Il a affirmé devant l’assemblée qu’en tant que porte-parole, il découvrait les communiqués de la FSF en même temps que le grand public. Sur ce point, le SG a rétorqué que « les présidents de commission n’ont pas de rôle opérationnel ».
Baccary Cissé a également dit ses inquiétudes concernant le match contre le Pérou, fustigeant « le déficit de communication entourant cette rencontre et les 500 000 euros pour la location du Stade de France ». Pour lui, « cela pose un énorme problème ». Il n’a pas manqué de dénoncer le « Beb’s prévu le 26 mars, estimant que payer 500 euros ou plus pour y participer et prendre des photos avec le trophée est excessif ».
Clash et menace de poursuite judiciaire : Pape Sidy Lô traité de « fumier »
L’escalade verbale a atteint son point culminant quand Baccary Cissé a affirmé qu’en raison de ses critiques habituelles, certains avaient pris la responsabilité de l’écarter de la gestion du match amical Sénégal-Gambie. Il a directement indexé Pape Sidy Lô, l’accusant de colporter des médisances. Devant une assemblée médusée, Cissé a égrené un chapelet de commérages qu’aurait rapportés Pape Sidy Lô au président de la fédération, avant de traiter ce dernier de « fumier ». Dépassé par la tournure des événements, Pape Sidy Lô est resté muet durant la réunion, mais a signifié sa ferme volonté de traduire Baccary Cissé en justice pour propos diffamatoires.
Amadou Kane, Abdoulaye Sow et Yaya Baldé : la guerre des invectives
Le deuxième round du comité exécutif a opposé trois poids lourds de l’instance fédérale : Amadou Kane (président de l’ONCAV), Abdoulaye Sow (SG de la FSF) et Yaya Baldé (ligue de Kolda). C’est le premier nommé qui aurait décoché l’attaque la plus vive en lançant au SG : « Tu as menti pour arriver là où tu es, au poste de secrétaire général ». La réplique ne s’est pas fait attendre, le SG traitant son adversaire de « menteur ».
L’intervention de Yaya Baldé contestant le droit de parole de Amadou Kane, arguant qu’il n’est pas membre du Comex mais de la commission d’audit, a failli transformer la salle de réunion en ring. Yaya Baldé s’est levé pour proférer des menaces physiques contre Amadou Kane et a fait bondir Abdoulaye Cissé de son siège, insultant à son tour. « Un véritable débat de chiffonniers ».
Primes, le sujet qui fâche
La question financière a également divisé. Modou Fall (dirigeant de l’AS Pikine), critique habituel de la fédération, est revenu à la charge pour dénoncer le manque de considération à son égard et soulever l’épineuse question des indemnités des membres du Comex à la CAN. Il a toutefois été recadré par Babacar Ndiaye, président de la Ligue Pro, appelant à la responsabilité et à l’unité en vue du Mondial. Cependant, le patron de Teungueth FC aurait lui aussi dénoncé une « politique d’isolement », affirmant avoir été écarté du groupe WhatsApp de préparation des matchs, malgré son statut de président de commission mobilisation.
Le débat sur les primes a également fait rage : les accompagnateurs de l’équipe A auraient perçu deux millions de francs CFA par match, tandis que les membres du Comex, logés et nourris, ont touché une indemnité journalière de 60 000 FCFA. Le flou artistique entre les termes « indemnité » et « prime » a alimenté les tensions.
Le siège de la FSF
Le comité exécutif s’est aussi penché sur le projet du président de louer un immeuble à la Cité Keur Gorgui. Selon Abdoulaye Fall, le Comex lui avait donné carte blanche le 12 décembre dernier. Il a précisé que les sponsors prendraient en charge le loyer (30 millions par mois, soit 360 millions par an). Mais ces explications n’ont pas convaincu tout le monde. Moussa Mbaye (Stade de Mbour) s’y est opposé catégoriquement. Cheikh Seck a suggéré de relocaliser le siège de la Ligue à Dakar, idée soutenue par Mouhamed Samb. Malgré ces réticences, la décision finale a été de maintenir le déménagement vers Keur Gorgui.
Bamba Bâ a conclu en lançant : « Je ne gagne aucun sou là-bas »
Cette conclave a aussi donné l’occasion à Bamba Bâ de s’expliquer sur la gestion de la billetterie du match Sénégal-Gambie, prévu le 31 mars prochain au stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, et des soupçons de conflit d’intérêt le visant, puisqu’il cumule la présidence de la commission marketing de la FSF et la direction de la plateforme prestataire, Jotali. Interpellé par ses pairs sur ce manque de coordination et cette dualité jugée problématique, ce dernier a défendu son action en mettant en avant l’efficacité financière de sa méthode, ayant généré des bénéfices records lors des précédentes rencontres, tout en affirmant agir bénévolement pour lever toute accusation de profit personnel, comme il l’avait fait lors de la réunion inter commission. « Je ne gagne aucun sou là-bas ».
Bien que l’assemblée ait jugé ces explications convaincantes, la réunion a mis en lumière des lacunes organisationnelles qui devraient être résolues à long terme par le lancement de l’application autonome « Go Gagné » d’ici 2028. En attendant, un compromis a été proposé pour clarifier les prérogatives de chaque commission et restaurer un climat de sérénité avant la prochaine Assemblée Générale.


























