Sur le papier, le Sénégal part favori. Sur le terrain, un adversaire que l’on ne voit pas attend les Lions en Éthiopie : l’air raréfié des hauts plateaux, combiné à un enchaînement de voyages et à une récupération express. Avant le match de mardi, regards sur les effets physiologiques de ce déplacement et les leviers dont dispose le staff de Patrick Vieira pour les limiter.
L’altitude, un adversaire silencieux
Bahir Dar, sur les rives du lac Tana, se situe à environ 1 800 mètres d’altitude. Ce n’est pas l’altitude extrême de La Paz ou de Quito, mais c’est suffisant pour modifier le fonctionnement de l’organisme d’un joueur habitué à évoluer au niveau de la mer, que ce soit à Dakar ou dans les championnats européens où jouent la plupart des Lions.
Le mécanisme est simple. Plus on monte, plus la pression de l’air diminue, et avec elle la quantité d’oxygène disponible à chaque inspiration. À cette altitude, chaque bouffée d’air apporte environ un cinquième d’oxygène en moins qu’au bord de la mer. Le corps compense aussitôt : le cœur bat plus vite, la respiration s’accélère, et l’effort qui paraît anodin à Diamniadio devient plus coûteux. Les études en physiologie de l’exercice estiment généralement que la capacité aérobie maximale commence à baisser de façon sensible au-delà de 1 1 500 mètres, de quelques points de pourcentage à ce niveau d’altitude.
Dans un match de football, cette baisse ne se ressent pas forcément dans les premières minutes. Elle se paie sur la durée et dans la répétition des efforts. Un ailier qui enchaîne les appels en profondeur, un milieu qui presse haut ou un latéral qui multiplie les allers-retours récupérera moins vite entre deux sprints. La fatigue s’installe plus tôt, souvent dans le dernier quart d’heure de chaque mi-temps, là où se jouent de nombreux matchs.
L’altitude a aussi des effets plus inattendus. L’air plus sec accélère la déshydratation, car l’organisme perd davantage d’eau par la respiration. L’air moins dense modifie également la trajectoire du ballon, qui subit moins de résistance : les frappes lointaines vont plus vite, les centres filent plus loin et les longs ballons deviennent plus difficiles à doser. Pour les gardeurs de but comme pour les tireurs de coups francs, les repères habituels sont légèrement faussés.
72 heures pour tout encaisser
Le vrai défi réside dans l’enchaînement. Entre le match du 25 septembre et celui du 29, les Lions doivent récupérer d’une rencontre officielle, effectuer un long déplacement entre le Mozambique et l’Éthiopie, puis se rendre à Bahir Dar, tout en s’adaptant à un nouvel environnement. Le décalage horaire reste faible, ce qui constitue un avantage. Mais les heures passées en avion, les transferts et les nuits dans des hôtels différents pèsent sur la qualité du sommeil, qui est pourtant l’outil de récupération le plus efficace dont dispose un athlète.
Or l’altitude perturbe justement le sommeil. Les premières nuits en hauteur sont souvent plus agitées, avec des réveils fréquents et un repos moins réparateur. Pour des joueurs qui sortent d’un match officiel, cela signifie que la récupération musculaire et nerveuse risque d’être incomplète au moment du coup d’envoi.
Face à l’altitude, les préparateurs connaissent un principe bien établi. Une véritable acclimatation demande environ deux semaines, un délai impossible à respecter dans un calendrier international. Faute de temps, beaucoup de staffs choisissent la stratégie inverse : arriver le plus tard possible, idéalement la veille ou le jour du match, avant que les effets les plus pénibles des premiers jours en altitude, comme les troubles du sommeil ou les maux de tête, ne se fassent pleinement sentir. Les trois ou quatre jours suivant l’arrivée sont souvent considérés comme la période la plus délicate.
Le calendrier des Lions ne permet pas de choisir librement. Mais la gestion du séjour peut faire la différence : le lieu d’hébergement, le moment du transfert vers Bahir Dar et l’intensité des séances d’entraînement sur place sont autant de décisions qui pèsent sur l’état de fraîcheur du groupe mardi.
Les leviers du staff
Même sans acclimatation, plusieurs mesures permettent de limiter les dégâts. L’hydratation devient une priorité absolue, avant, pendant et après le match, compte tenu de l’air plus sec. L’alimentation doit privilégier les glucides, carburant principal de l’effort intense, car l’organisme en consomme davantage lorsque l’oxygène se raréfie. Les séances d’entraînement sur place gagnent à rester courtes et peu intenses, pour éviter d’aggraver la fatigue accumulée. Et le suivi individuel, grâce aux capteurs de charge et aux questionnaires de récupération, aide le staff à identifier les joueurs les plus éprouvés.
La gestion du match lui-même compte tout autant. Un bloc plus compact, une circulation du ballon qui fait courir l’adversaire plutôt que ses propres joueurs et une utilisation intelligente des cinq changements peuvent compenser une partie du handicap physique. Dans ce contexte, le banc peut devenir une arme décisive dans la dernière demi-heure.
Les Éthiopiens, eux, évoluent à domicile et vivent en altitude toute l’année. Leur organisme y est adapté, et ils connaissent parfaitement les conditions de Bahir Dar. Ce n’est pas une garantie de victoire, mais c’est un atout que le talent seul ne suffit pas toujours à neutraliser. Pour Patrick Vieira, ce déplacement sera un premier test grandeur nature de la gestion de groupe. Le Sénégal a les joueurs pour s’imposer. Il devra aussi avoir la fraîcheur.

























