Le football sénégalais se trouve à un tournant historique. Alors que la dernière Coupe d’Afrique des Nations s’est achevée sur une sortie prématurée des Lions, l’élection fédérale du 2 août 2025 approche et ouvre un débat salutaire sur la gouvernance d’un sport devenu miroir des dynamiques politiques nationales en matière de sports.
Des finances dans le rouge : le ver était déjà dans le fruit. Le dernier rapport financier de la Fédération sénégalaise de football (FSF) fait l’effet d’une douche froide : un déficit record de 2,4 milliards de FCFA et une trésorerie amputée de 58% en 2024. La piteuse CAN ivoirienne, qui a privé la fédération des 2,8 milliards de primes attendues, n’explique pas tout ; la masse salariale et les subventions continuent de grimper malgré des recettes publicitaires en berne. À lui seul, le football féminin voit son enveloppe divisée par deux — un signal désastreux pour la parité sportive.
BATAILLE DE SUCCESSION : COALITIONS ET CANDIDATURES EN ORDRE DISPERSÉ
Abdoulaye Fall apparaît comme le premier « candidat de coalition ». Autour de lui, Cheikh Ahmet Tidiane Seck et Elimane Lam, ex-rivaux, se sont ralliés pour « dépasser les divergences » et présenter un front uni.
Mady Touré, patron de Génération Foot, se lance pour la troisième fois, avec la promesse d’une gouvernance « plus participative ». Le vice-président sortant, Abdoulaye Saydou Sow a, contre toute attente, adoubé Abdoulaye Fall, soulignant la fragmentation croissante du cercle dirigeant d’Augustin Senghor.
Ces mouvements trahissent la «lassitude» face à un président en place depuis 2009 et renforcent l’idée qu’aucune frange du foot sénégalais n’est prête à laisser la table des négociations vide.
Oui, la décennie Senghor a livré des trophées – Mondial 2018, CAN U-20 2021, premiers contrats -TV rentables. Mais derrière le vernis, la gouvernance reste verticale :
Verrouillage électoral : à ce jour, seuls les délégués des ligues et clubs votent ; ni joueuses, ni entraîneurs, ni journalistes – encore moins les supporters – ne disposent d’une voix.
Clubs-fiefs : 70% des présidences de Ligue 1 sont tenues par les mêmes familles depuis plus de dix ans, freinant la transparence sur les droits TV et les transferts.
Centres de formation : la « success-story » Diambars/Génération Foot masque l’absence de référentiel unique ; 42% des académies reconnues opèrent sans programme médical certifié.
CHANTIERS POUR UNE RUPTURE SANS TABLE-RASE
Pour les chantiers ils doivent être axés sur : Mesure immédiate, Bénéfice attendu, Transparence, Audit externe annuel, comptes publiés sur le site de la FSF, Réhabilitation de la confiance public-sponsors, Démocratisation Collège électoral élargi aux joueurs, joueuses et entraîneurs, Décisions sportives moins politisées, Décentralisation & numérique, budget fléché pour que chaque ligue régionale gère billetterie et licences via une plateforme digitale, Réduction de 30% des « frais cachés » de compétition.
La balle est (vraiment) dans leur camp. Au-delà de la rhétorique, les prétendants seront jugés sur leur capacité à résorber le déficit sans sacrifier la base – en particulier le football féminin, durement rogné.
Rendre compte : publication trimestrielle des contrats de sponsoring et des critères de sélection en équipe nationale. Protéger l’intégrité : lutte crédible contre les violences en tribune et les dérives mystiques, via un code disciplinaire harmonisé. Le Sénégal possède les talents, les sponsors et un public en or. Il reste à savoir si les futurs dirigeants auront l’audace de passer du slogan « l’excellence sur le terrain » à « l’excellence dans les couloirs ». Car dans un pays où le ballon sert de baromètre social, réussir cette transition équivaudra à prouver qu’une gouvernance vertueuse n’est pas un luxe… mais la clef pour transformer des victoires ponctuelles en dynastie footballistique durable. La prochaine CAN se jouera peut-être en 2027, mais la plus grande victoire pourrait se décider dès août 2025, dans une salle de vote feutrée de la FSF.


























