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Grâce au foot, l’Institut Diambars a réussi à inscrire puis réintégrer de nombreux jeunes issus des milieux défavorisés à l’école. Sa doctrine ? Faire du foot-passion un moteur de l’éducation.

Des footballeurs professionnels titulaires d’une licence ou d’un master, cela ne court pas les rues au Sénégal. A l’Institut Diambars, ils sont plusieurs joueurs à avoir le niveau bac + 3 ou bac + 5 dont le capitaine de l’équipe professionnelle, Matar Fall qui a une licence en Gestion. Dans cette école de foot créée en 2003, l’éducation est au cœur de la formation. Ainsi, contrairement à beaucoup d’instituts où l’on ne pratique que le sport-roi, ici, les jeunes allient football et études. « Notre doctrine est de faire du foot-passion, un moteur de l’éducation. Tout le monde ne peut pas être footballeur professionnel et c’est la raison pour laquelle on leur donne l’opportunité de réussir dans les études à défaut du foot », martèle Amadou Tambédou, le préfet de l’Institut Diambars. Selon cet enseignant de formation, cette structure a, grâce à la magie du foot, réussi à inscrire plusieurs jeunes à l’école. D’autres en rupture d’études y ont également été réintégrés.

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Pour l’essentiel, ces derniers proviennent de milieux défavorisés. Parmi eux, Aly Souleymane Ly et Abdou Mbacké. Le premier, un enfant de la rue, souffrait de beaucoup de pathologies, nous renseigne le président de cette école de foot, Saër Seck. Récupéré par l’Institut Diambars, il a été totalement pris en charge sur le plan médical, aux frais de l’académie de Saly.  Quant au second, c’est un pur produit des daaras. Tous deux font actuellement la fierté de l’Institut notamment sur le plan des études. « Abdou Mbacké a obtenu le bac S et prépare actuellement une formation à l’Ecole supérieure multinationale des télécommunications (Esmt) ; tandis que Aly Souleymane Ly suit un bac multimédia en France. D’ailleurs, il compte s’orienter vers l’ingéniorat », poursuit avec fierté, le préfet Tambédou. Il ajoute que d’autres sont également en train de suivre des formations en Gestion à l’Institut supérieur de management (Ism), dans le cadre d’un partenariat entre ce business school et l’Institut Diambars. C’est dire si les résultats ont été très prometteurs, 10 ans après le lancement de cette académie de football. Et Amadou Tambédou peine à cacher sa joie quand il parle des performances réalisées par ses élèves avec surtout, cette mine de bonheur mal feinte. Il refuse tout de même, de céder à l’autosatisfaction. « Je ne serais jamais totalement satisfait tant qu’il restera un seul élève qui peine à réussir dans ses études. « Normalement, si tout se passe bien, tous doivent pouvoir passer sans grandes difficultés », se convainc l’enseignant de formation.

Projet pédagogique spécifique

Certes Diambars a eu des résultats prometteurs, mais pour autant, rien n’était évident au départ. « Certains sont en rupture d’études et d’autres ne sont pas du tout scolarisés. Il faut, pour chacun, un projet pédagogique spécifique qui tient en compte l’âge et le niveau d’instruction de l’élève », explique M. Tambédou. C’est ainsi que, révèle ce dernier, l’équipe pédagogique a élaboré et mis en place le « cycle fondamental » appelé cycle F. De l’avis du préfet Tambédou, cette trouvaille a permis à beaucoup d’élèves de faire les différents cycles (primaire, moyen et secondaire) en un temps record. Du coup, certains ont pu faire le cycle primaire en trois ans et les cycles moyens et secondaires en deux ans chacun. Pour ce faire,  la méthode est simple : on couple les classes. Ainsi, l’élève suit le  CI et le CP en même temps. Idem pour le CE1 et le CE2, le CM1 et le CM2, la 6ème et la 5ème etc. Il révèle que grâce à ce cycle F, Souleymane Diallo, un des pensionnaires de Diambars, a réussi à décrocher le bac à 16 ans ! De la seconde, cet autre produit des Daaras est passé directement à la Terminale où il a décroché le bac d’office avec en prime, un rang de premier du centre.  Toutefois, il a fallu à Amadou Tambédou prouver que son poulain a bien suivi un cursus scolaire normal avec des rapports à l’appui. Car, justifie-t-il, le système éducatif sénégalais est fait de telle sorte qu’une candidature au bac à 16 ans est impossible. D’où sa satisfaction par rapport à ce cycle F dont il pense d’ailleurs qu’il faudra le modéliser au profit de l’ensemble du système éducatif sénégalais. « A mon avis, ce schéma de Diambars doit être modélisé. Je ne vois pas pourquoi un jeune qui a les capacités  de faire le cycle scolaire en un temps record ne doit pas le faire », s’interroge-t-il. Autre préoccupation pour lui, l’arsenal de contraintes (un emploi du temps très serré, un règlement intérieur drastique, etc.) qui figure dans ce système et qui ne permet pas aux élèves d’avoir le choix. Tout le contraire de l’Institut Diambars, où le calendrier, souple, prend en compte les heures d’entraînement.  Ainsi, jusqu’à 13h, les élèves sont en classe ; alors que le reste de l’après-midi est consacré au foot. « Nos pensionnaires ont une passion partagée du foot et des études. Et c’est ce qui explique leurs belles performances dans ces deux domaines », jubile le préfet de l’établissement. Cependant, il arrive que les responsables de Diambars aient l’embarras du choix pour déterminer l’option finale de l’élève. Et pour cause, « nous avons des pensionnaires qui sont très bons à la fois dans les études et le football », soutient-il avec fierté. En fait, cette structure ne se contente pas seulement de former des gens. Une fois la formation terminée, elle s’active aussitôt pour que les concernés s’insèrent dans la vie professionnelle. Mais avant, il faut voir si ces derniers doivent suivre une carrière de footballeur ou s’ils doivent travailler dans un autre domaine.

En attendant peut-être que le schéma pédagogique de Diambars soit modélisé, l’institut partage ses expériences avec les écoles de la localité. « Nous nous impliquons également dans la localité pour voir ce que l’école peut faire au profit des autres établissements », déclare le chef de la section Etudes. Et au-delà de faire de cette entité une école de référence, Amadou Tambédou veut que l’Institut Diambars soit « un creuset culturel d’excellence ». Si cette école peut se prévaloir de bons résultats sur le plan des études, c’est parce qu’ici, l’enseignement est de qualité. « Nous avons des enseignants qui ont capitalisé plusieurs années d’expérience et qui sont de très grands pédagogues », se félicite-il.  L’autre justification des excellentes performances des « Académiciens » est qu’ils ont à la tête de l’école de formation «un président qui a mis tout le monde à l’aise », renseigne Amadou Tambédou. D’après lui, « les jeunes ont tout ce dont ils ont besoin et ils sont sur tous les plans (alimentaire, vestimentaire, médical) pris en charge gratuitement par l’établissement ». En dépit des résultats honorables, il estime que tout n’est pas parfait. A preuve, l’insuffisance du nombre d’enseignants qui, à l’en croire, impacte négativement sur les enseignements. Une situation qui devrait néanmoins être sous peu un mauvais souvenir.  En effet, le président de la République Macky Sall a accepté d’affecter gratuitement des enseignants en nombre suffisant à cet institut. Jusqu’ici, les intervenants de l’établissement ont été recrutés avec les propres moyens de l’Institut. Pour Tambédou, il n’y a pas de doute : la décision du chef de l’Etat va avoir un impact positif dans le rendement des enseignements.

AMADOU PAYE DIT « PA GAUCHER » : Profession : dénicheur de talents  

Amadou Paye alias « Pa Gaucher » peut être fier de la tâche qu’il a abattue à l’Institut Diambars. Dix ans après sa nomination en tant que responsable de la Détection dans cette structure, il a commencé à récolter les fruits de son labeur. En effet, le club de Saly compte actuellement une dizaine d’expatriés en Europe ; en plus de ses nombreux joueurs pensionnaires en équipe nationale.

A 71 ans, Amadou Paye dit « Pa Gaucher » a encore de la ressource pour assister chaque matin, à partir de 6h 45 mn, aux entraînements des jeunes pensionnaires de l’Institut Diambars. Ce mercredi, il est au rendez-vous comme d’habitude supervisant les moindres faits et gestes de ses poulains. Parfois, le septuagénaire est tenté de se laisser aller à quelques démonstrations. Difficile pour un ancien footballeur de se retenir quand le ballon passe tout près ! Surtout, le responsable de la détection à l’Institut Diambars doit prouver aux gosses qu’il sait toujours taper de la balle et jongler malgré le poids de l’âge et les nombreux rides sur le visage. Ici, tout coach doit démontrer sa capacité à manier le ballon pour mieux gagner le respect et la considération des gosses, souligne Pa Gaucher, taquin. «  D’ailleurs, les gosses nous testent souvent en nous adressant des passes lors des entraînements pour voir sans doute comment on va réagir », révèle-t-il. La veille pourtant, l’ancien pensionnaire de la Jeanne d’Arc n’avait pas du tout dormi, en raison d’une petite fièvre.

Responsable de la détection au sein de l’Institut Diambars depuis sa création en 2003, Pa Gaucher mesure bien l’importance de sa tâche. Son rôle qui consiste à dénicher les talents est fondamental pour la réussite de cette académie de football. Autrement dit, le succès de l’Institut Diambars dépendra en grande partie de sa capacité à enrôler de bonnes recrues. Une chose est sûre : l’homme est bien en terrain connu. Après une carrière de footballeur interrompue prématurément en 1972 pour cause de double fracture du pied, il s’est reconverti dans l’encadrement des petites catégories à la Ja de 1973 à 2003. « Roger Mendy, Amdy Moustapha Faye, Toni Sylva, Salif Diao sont tous passés entre mes mains », laisse-t-il entendre avec fierté.

Couronnement

Après 30 ans dans la supervision des jeunes talents, il a donc atterri à l’Institut Diambars en 2003 ; une sorte de couronnement.  Et après dix ans comme patron de Détection, il tire un bilan d’étape satisfaisant. Selon lui, avec une dizaine d’expatriés en Europe et plusieurs pensionnaires en  équipe  nationale A et à la sélection olympique, les résultats sont, à coup sûr, très prometteurs. Sans compter le fait que l’équipe de Diambars est champion en titre du Sénégal. Autant de points positifs qui lui font dire que cette école de football est sur la bonne voie.  C’est dire si le travail abattu par Pa Gaucher et son équipe a bien porté ses fruits. En tout cas, il assure qu’à l’Institut Diambars, on ne connaît pas le favoritisme : la détection se passe dans la transparence la plus totale, soutient-il. Pour corroborer ses dires, l’ancien sociétaire de la « Vieille Dame » révèle que son propre fils a été recalé à l’issue des tests de recrutement, il y a quelques années.  « Le fils du président Saër Seck ou du chef de l’Etat Macky Sall et celui du paysan de Fongolimbi ont tous des chances d’accéder à l’Institut Diambars ; mais c’est seulement le talent qui fait la différence », souligne Pa Gaucher.

Pour les tests de recrutement, c’est tout un processus piloté en amont et en aval par pas moins de 16 superviseurs chargés d’évaluer avec lui, les candidats. Il ajoute que chaque année, ce sont des milliers de jeunes qui participent aux tests précisant que ceux-ci sont très sélectifs. Le quota étant très faible, il faut forcément être très bon pour pouvoir figurer dans la liste des admis. Les compétitions se déroulent sur l’ensemble du territoire national en trois phases : les phases régionales, les phases départementales et celles zonales. Jusque-là, les tests ne sont ouverts qu’aux Sénégalais. « Les responsables de l’Institut ont dit : les Sénégalais d’abord », déclare Amadou Paye. Il se réjouit fortement de cette mesure soutenant que cela peut contribuer à booster le niveau du football de notre pays.   Le processus long et coûteux du recrutement pourrait néanmoins être bientôt un vieux souvenir avec le lancement sous peu de la Pépinière. Réservée aux moins de 6 ans, cette école devrait être le vivier de l’Institut Diambars. Mais Pa Gaucher souhaite que ce projet soit démultiplié sur l’ensemble du territoire national pour pouvoir ravitailler en nombre suffisant l’école de football basée à Saly Portudal (Mbour).

© Lesoleil

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